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IV

IV
"Allongée sur l' accablante brûlure du sol craquelé de la vallée de la mort, Virginia sentait presque la peau de son dos crépiter au contact du sable chaud. Les chairs bouillonnantes, ses graisses se consumaient comme du lard dans une poêle et ses fluides peu à peu pénétraient un sol pauvre en engrais. Malgré l' intense douleur provoquée par la brûlure, elle n' esquissait aucun mouvement. Ses yeux eux, étaient ouverts sur un ciel bleu qu' aucun nuage ne venait assombrir et pourtant, une ombre, menaçante recouvrait la presque totalité de son corps dénudé des épaules jusqu 'à la taille.
L' inconnu posté au dessus d' elle et auquel elle semblait avoir une confiance aveugle souriait de toutes ses dents jaunes autour desquelles des lèvres parfaitement dessinées enfermaient délicatement une cigarette au parfum de maïs. Celles de Virginia la faisaient souffrir. Elles n' étaient plus que d' horribles plaies béantes, comme de grands canyons asséchés alors que sa langue qui ne cessait de grossir dans sa bouche l' empêchait de déglutir normalement. Lui, de son mètre quatre-vingt, en paraissant à Virginia bien plus du fait de sa position allongée et de l' ombre impressionnante qui suivait l' homme de près, buvait à l' aide d' une gourde remplie sans vraiment en avoir besoin, simplement pour lire sur le visage de la jeune femme sa détresse ainsi que ses suppliques..."


Lorsqu'Ed rouvrait les yeux, trempé de haut en bas, il ne réalisait pas encore l' endroit sombre dans lequel il se trouvait.
Il se rappelait: la fuite en avion, l' escale à l' aéroport, le trajet en taxi, Madame Perez, les propriétaires, l' appartement, la chambre... Oui, c' est bien dans cette dernière qu' il reposait. Les volets définitivement clos, il se demandait comment il avait pu arriver jusque là, lui qui ne quittait que très rarement le salon, véritable poste d' observation d' où, il en était sûr, le danger viendrait. Depuis longtemps déjà ce cauchemar le hantait et d' autres encore qui mêlaient tous un sentiment effroyable, celui d' être un chasseur devenu proie.

Vêtu d' un simple caleçon aux couleurs de son pays d' origine et d' un tee-shirt aux taches et aux auréoles douteuses, il se dirigait vers la salle de bain lorsque retentit la sonnerie de la porte d' entrée. C' était une certaine Mademoiselle Alexis qui recherchait sa soeur jumelle qui n' était pas rentrée depuis hier et qui venait à tout hasard demander à Ed s' il ne l' avait pas vue récemment.
Edward, tout enfumé qu' était son esprit, éludait la question en répondant qu' il ne voyait que très rarement des gens dans l' immeuble. Ce fut en refermant la porte massive sur le visage inquiet de la jeune femme couleur ébène qu' il se souvint bien d' avoir vu une jeune femme ressemblant à celle qu' il venait presque de chasser de sa vue. Ou du moins entr'aperçue puisqu' il ne lui avait jeté qu' un regard vague, la croisant dans les escaliers au moment d' aller jeter les poubelles dans la ravissante cours intérieure ou traînaient quelques vieux vélos rouillés ainsi que de grandes bennes d' un plastique vert du plus mauvais goût. Étrangement, il lui était incapable de se souvenir du retour vers l' appartement. Peut-être ce traitement à base de plantes qu' un médecin américain lui avait prescrit pour ses maux de tête, qui sait... ?

Décidé à aller jusqu' à la salle de bain et ce, même si encore une fois on venait sonner à sa porte, Ed passa celle de la pièce d' eau sans même allumer la lumière de l' unique néon mural. A l' intérieur, on devinait sans mal une salle de bain parfaitement classique. Face à l' entrée, une baignoire recouverte d' un rideau de douche rayé d' un bleu vert du plus bel effet, tâché ça et là par ce que l' on devinait comme étant de simples cercles irréguliers et brunâtres. Le lavabo lui était couvert d' ustensiles qui allaient du plus classique telle une brosse à dent accompagnée de son tube de dentifrice et de son verre, au plus incongru comme ce couteau au tranchant unique qui dans le noir semblait être couvert de traces de rouille et qui trouverait un usage pratique dans une cuisine plutôt que dans une salle de bain. Le robinet d' eau froide ouvert, Ed se pencha afin de mouiller ses cheveux souillés par la sueur et c' est alors qu' un léger mouvement sembla voiler un peu le rideau de douche. Toujours penché sur le lavabo, Ed tourna le regard vers la baignoire et sans regarder, ferma à l' aide de sa main droite, le robinet d' eau froide. Redressé sur ses jambes, il se saisit du couteau et se décida à examiner la pièce entière avant de jeter un oeil derrière le rideau de douche. Une tapisserie vérolée, aux fleurs jaunes et marrons, gondolée par des années d' humidité donnait à la pièce le même aspect vieillot que le reste de l' appartement. Le tapis de sol était d' une saleté si tenace que même plusieurs lessives ne seraient pas parvenues à lui rendre son aspect d' origine. Une savonnette fossilisée dans l' angle droit de la pièce et faisant bon ménage avec deux serviettes de même couleur que le rideau de douche poussait à croire qu 'elle n' avait été utilisée pour la dernière fois qu' il y a un temps reculé.

Proche de la baignoire, Ed glissa ses doigts tremblants sur la toile du rideau lorsque, crispée sur le bord gauche du tissu, sa main esquissa un mouvement violent vers la droite et livra au regard interloqué d'Edward, la vision d' un bain saumâtre d' une dizaine de centimètres de profondeur.
Soulagé, un sourire discret se dessina sur ses lèvres.
Pourquoi donc s' était-il imaginé y trouver le corps allongé et pourrissant d'une jeune femme prénommée Virginia?

# Posté le lundi 07 mai 2007 22:24

Modifié le samedi 13 octobre 2007 01:46

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