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III

III
Avec un couple de jeunes mariés partis depuis une semaine s'offrir des vacances au Maroc et une vieille femme veuve d' un mari disparu pendant la seconde guerre mondiale à l' étage en dessous, avec au dessus de sa tête deux soeurs d' origine africaine venues un temps faire leurs provisions en matière de jeunes mâles de type européen, et, face à un appartement vide, laissé à l' abandon par des propriétaires négligeant, Edward Black aurait pu se sentir entouré et pourtant, sur son visage se lisait une profonde solitude que les rayons d' un soleil tapant fort en cette journée de printemps n' arrivaient pas à effacer. Il était accoudé à la fenêtre du salon derrière lequel on pouvait deviner la cuisine américaine dans le coin gauche de la pièce et faisant face à la chambre unique de l' appartement. Une cuisine réaménagée bien avant son arrivée, sans doute par un couple aussi jeune que celui dont on entendait les ébats à travers le sol du salon lorsque venait la nuit. Une pièce centrale dans laquelle on aurait imaginé plus aisément voir un ours hiberner qu' un homme à l' apparence anodine.

Ed, de son petit nom, se remémorait son arrivée il y a de cela huit jours, lorsque, débarqué des États-unis d' où il fuyait, il ouvrit la porte de ce qui allait devenir son univers. Un lieu clos et exigu dont il n' arriverait plus à se défaire. Avec ses faux airs de rêveur éveillé, il se rappellait aussi le visage pétrifié de Madame Perez, la concierge, lorsqu 'elle le vit pour la première fois : un corps blême et bouffi engoncé dans un costume anthracite étriqué, de ceux qu' on imagine plus en forêt transylvanienne qu'en pleine capitale française un jour de grandes chaleurs. Il avait ouvert la porte qui donnait sur la loge de Madame Perez et dans un accent à couper au couteau il s' était adressé à elle, l' haranguant comme l' aurait fait un homme de la haute, impatient d' obtenir les grâces de sa suite. Elle lui avait répondu avec empressement et l' avait aidé à monter ses bagages jusque dans son appartement.
Immobile au beau milieu de l' entrée, Ed attendait que la concierge veuille bien ouvrir les volets du salon et, dans un craquement sépulcral, un épais nuage de poussière s' envola alors pour dessiner d' étranges figures dans le raie de lumière diffusé par un soleil situé à son zénith.

Maintenant, la poussière s' était déposée à nouveau mais cette fois-ci sur le sol et Madame Perez n' était plus qu' un souvenir qui s' effaçait au rythme des secondes qui s' égrenaient lentement autour du cadran de la vieille horloge située sur le mur de gauche du salon. Cette vieille mécanique, rare vestige conservé en l' état par les propriétaires et laissé à l' usage exclusif des locataires de l' appartement était le seul élément qui donnait à l' appartement son aspect rustique, car en dehors des volets et de la porte d' entrée, rien ne laissait entrevoir l' âge canonique des murs porteurs ainsi que des fondations. D' ailleurs, Edward Black était arrivé ici avec comme seul bagage, une petite valise beige ornée d' un logo en forme de drapeau américain ainsi qu 'une malle faite d' un noyer robuste et sans âge, livrée deux jours après son arrivée et qui depuis traînait dans l' unique chambre sans avoir encore été ouverte. Une chambre, plongée dans une pénombre permanente et dont le lit aux draps encore lisses témoigne que l' homme n' y dormait jamais. A vrai dire, Ed pouvait aisément se contenter du salon puisqu' il en faisait la pièce exclusive de ses moindres faits et gestes. La cuisine ne recevait sa visite que lorsque son estomac lui réclamait d' être rempli. Ed ne semblait pas avoir de travail puisque depuis son arrivée, il n' avait pas mis le pied dehors. Il se faisait livrer à manger par diverses pizzeria et autres livreurs, et se contentait du strict minimum dont un petit poste de télé d' une autre époque qu' il laissait allumé en permanence même lorsque les programmes terminés depuis longtemps laissaient la place à un épais manteau neigeux...

# Posté le dimanche 06 mai 2007 18:03

Modifié le samedi 03 novembre 2007 03:15

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