XXVII

 XXVII
Christian avait beaucoup de mal a réprimer son dégoût mais surtout il apprenait de la bouche même de sa femme que l'un de leur locataires était sans doute quelqu'un de dérangé.Il était heureux d'avoir accédé à la demande de Françoise lorsqu'elle lui avait proposé de s'asseoir sinon il aurait sûrement été pris de tremblements et ses jambes flageolantes ne l'auraient pas soutenues bien longtemps.Françoise faisait le détail de ce qu'elle avait découvert dans la salle de bain de leur locataire.

Le néon qui avait clignoté quelques secondes avant de s'allumer tout à fait, avait mis à jour la salle de bain dans son intégralité et avait refroidi quelque peu l'engouement de Françoise qui n'avait malgré son malaise pas pu s'empêcher de jeter un oeil vers la baignoire avant de prendre ses jambes à son cou et de filer vite hors de cette pièce, hors de l'appartement...Le rideau de douche éternellement replié sur le coté droit de la baignoire avait offert à Françoise la terrifiante vision d'une scène horrible qui avait du se perpétrer quelques jours auparavant.Ce que l'on devinait pour de malsaines taches brunâtres dans l'obscurité étaient en faite celles laissées par une substance rouge que Françoise devinait être du sang.Elle ne pouvait en aucun cas confondre cette odeur typique de cuivre et celle d'une quelconque peinture de couleur rouge bordeaux.Le parfum entêtant du sang n'était rien en comparaison de ce que cachait le rideau.L'horreur laissa bientôt la place à l'effroi.Doucement, Françoise s'était approchée de la baignoire, se déplaçant prudemment, comme si le sol pouvait se dérober à tout moment sous ses pieds.Arrivée à mi-chemin, elle apercevait les mêmes taches de sang séché sur les rebords intérieurs de la baignoire mais en beaucoup plus petites.Certaines d'entre elles se rejoignaient à travers de longues zébrures de seulement quelques millimètres d'épaisseur.Les dessins formés ainsi n'avaient plus le brillant du sang qui vient d'être déversé mais formaient comme des croûtes sur une toile peinte par un artiste fou.

Christian n'en revenait pas.Françoise avait ce don pour les détails croustillants.A tel point qu'il lui était déjà arrivé de penser avec amusement que si Madame Perez n'avait jamais existé, sa femme aurait pu tenir le rôle de concierge qui avait été dévolu à la vieille portugaise, capable qu'elle était de se souvenir des moindres détails et non moins capable de les raconter par la suite.

Elle continua à réciter ce que sa mémoire avait imprimé à Christian qui ne regrettait plus désormais cette petite expédition à laquelle sa femme et lui s'étaient adonnés quelques instants plus tôt et qui allait mettre dans leur vie, ou du moins dans la sienne à lui, un peu de piment.Elle relata le désordre incroyable qu'elle avait trouvé dans la salle de bain et qui rendait celui déjà impressionnant de la chambre parfaitement anecdotique sur laquelle elle revint tout de même.Leur locataire avait simplement transformé son appartement en véritable dépotoir.Et lorsque Françoise termina son histoire, Christian avait la bouche ouverte et pantelante.Il n'avait sans doute pas déglutit depuis quelques minutes et c'est l'assèchement de ses muqueuses qui le réveilla de sa torpeur.Et peut-être aussi le visage de sa femme qui en un instant se transforma.Elle perdit le peu de couleurs qu'elle avait retrouvé depuis leur retour dans son appartement.Elle semblait dérangée, indisposée, peut-être par un détail qu'elle avait omis de préciser.

_"Qu'y-a-t-il Françoise? Tu semble inquiète" demanda Christian.

Françoise fixa quelques secondes le visage de son mari et, l'air hébété lui dit :

_"La.....la boite.Te souviens-tu si je l'ai remise à sa place?"

Christian avait beau réfléchir mais il était incapable de se souvenir si la boite était restée dans le salon ou sil elle avait été remise dans l'entrée là ou il l'avaient aperçue la première fois...

# Posté le mardi 05 juin 2007 01:43

XXVIII

XXVIII
Christian resta bouche bée et pensa après quelques efforts de concentration pour ne pas perdre connaissance qu' il fallait absolument se rendre au commissariat du quartier pour avertir la police de ce que venait de lui relater Françoise.Encore sous le coup de l' émotion cette dernière avait cessé de verser l' alcool dans son verre pour ne plus que téter la bouteille au goulot dans un bruit de succion peu ragoûtant.

Christian semblait planifier un plan en silence, du moins c' est ce que supposait sa femme en lui jetant des oeillades mais sans se douter qu'en réalité il réprimait une nausée qui, s' il continuait à y penser, finirait par s' exprimer dans une grande gerbe liquide et malodorante au beau milieu du salon de Françoise.Il s' excusa auprès d' elle et se rua dans les toilettes dans lesquelles, une fois enfermé à double tours, il se mit à genoux après avoir relevé la lunette du W.C et laissa son organisme faire le reste.

De retour dans le salon, Françoise s' était enfoncée un peu plus profondément dans le divan, disparaissant presque entre les coussins comme pour s' en faire une carapace et ainsi s' assurer que rien de mal ne pourrait lui arriver.

Le visage de Christian tranchait avec la sombre couleur du mobilier.Blanc comme un linge il donnait l' impression d' un homme au bord de la rupture.

_"Je vais te laisser" dit-il à Françoise. "Je repasserai plus tard.Pour le moment, j' ai besoin de réfléchir et surtout de me remettre de mes émotions".
_"Comme tu voudras" lui répondit Françoise, un sourire aux lèvres comme si la réaction de son mari ne l' étonnait guère."Essaie tout de même de ne pas oublier qu' il faudra faire quelque chose pour notre locataire".
_"Ne t' en fait pas Françoise.Figure-toi que je ne pense qu' à ça" dit-il sur un ton ironique avant de faire demi-tour et de se diriger vers la porte d' entrée qui lui sembla tout à coup peser des tonnes.

Un dernier regard vers sa femme le convainquit qu' il valait mieux pour lui retourner au plus vite dans son appartement plutôt que de prendre le risque de voir les vieilles rancoeurs ressurgir.






# Posté le dimanche 07 octobre 2007 07:37

Modifié le lundi 08 octobre 2007 01:19

XXIX

XXIX
D' une manière incompréhensible, le temps s' était figé.Un instant tout de blanc vêtu, l' environnement avait viré peu à peu au noir durant trois bonnes heures pour enfin éclater d' une blancheur aveuglante avant que ne redémarre l' inexorable marche du temps. Comme réveillé soudainement d' un affreux cauchemar Edward s' assura qu' il était toujours vivant avant de se demander si lui seul ou si le monde entier avait été victime de la même illusion.Comme une restauration informatique, son esprit s' était purgé des mauvaises vibrations qu' il avait connues dernièrement et dans l' appartement ne subsistait que l' empreinte olfactive d' un cigare, preuve que quelques heures auparavant il était encore accompagné des deux flics qui s' acharnaient à en découdre avec lui.

Il ne se souvenait absolument pas comment il s' était libéré d' eux ni à quel moment.La dernière image que sa mémoire produisait de l' événement fut celle de deux hommes debout, tournés face à lui et nerveux, presque aussi angoissés qu'Edward lui-même.Il avait alors fermé les yeux comme pour clore son esprit avant que l' irréparable ne se produise, lui permettant ainsi de se protéger plus tard contre l' horrible acceptation des méfaits qu' il s' apprêterait à commettre.

Il était donc resté assis là, dans le fauteuil de droite qui faisait face au divan élimé.Sans jamais avoir le désir de se remémorer ces trois heures passées à ne faire selon lui rien d' autre que de nier son existence, des flashes pourtant venait à intervalles réguliers l' assaillir d' images abominables dont il était l' acteur principal.Un scénario macabre dont il était la vedette bien malgré lui mais dans l' ombre duquel se cachait un personnage qu' il connaissait bien et très certainement ordonnateur de ce qui s' était produit puisque lui-même, de son propre chef, n' aurait jamais pris la décision de régler ses problèmes de manière si brutale et définitive.D' ailleurs, celui qui semblait ne plus jurer que par lui lui faisait à face à présent, comme pour le rappeler à son bon souvenir, un sourire édenté aux lèvres, le visage décrépi d' un homme atteint d' un mal incurable décidé à faire payer à ses congénères la souffrance qui lui brûle les entrailles.

_"C' est bien Eddy, c' est très bien.Maintenant tu sais ce qu' il te reste à faire.Tu ne peux pas laisser ces preuves ici car il reviendront et tu le sais.Peut-être plus pour aujourd'hui.Peut-être pas demain non plus, mais lorsqu 'ils sauront, lorsqu 'ils comprendront, sois certain qu 'ils ne prendront plus la peine de se présenter poliment à toi et qu 'ils viendront te chercher pour t' emmener loin de moi."
_"Mais..." répondit Edward abasourdit. "Que dois-je faire exactement ? Mon esprit est vide et je ne comprends pas de quoi tu veux parler.
_"Regarde autour de toi Eddy.Vois-tu seulement les changements qui s' opèrent dans ton existence? Le monde dans lequel patauge ton âme pervertie n' existe plus.Ton crâne n' est plus qu 'une vieille carcasse vide qu' il te faut désormais remplir à l' aide d' exploits sains et novateurs pour l' homme que tu es.

Edward fut interloqué par le brusque changement d' humeur opérée chez l' homme qui depuis des années n' avait eu de cesse de le harceler.restant toutefois méfiant, il opina du chef et se retourna alors vers l'entrée.Le sol de cette dernière était littéralement jonchée de sacs plastique dont le contenu ne faisait aucun doute aux yeux d'Edward.Peut-être pour la dernière fois de son existence s' apprêtait-il à commettre un acte répugnant et c' est pour cette unique raison qu' il y mit du coeur à l' ouvrage et souleva l' un des sacs avant d' ouvrir la porte d' entrée et de sortir de son appartement

# Posté le lundi 08 octobre 2007 00:44

Modifié le lundi 08 octobre 2007 01:18

XXX

XXX
Pendant que sa femme devait téter la moindre fiole d' alcool dispersée dans son vaste appartement, Christian lui réfléchissait à l' action qu' il devrait entreprendre dès le lendemain.Il regrettait presque de ne pas avertir la police dès à présent car la nuit risquait d' être longue et dans sa tête bouillonnaient des idées folles, de celles qui pourraient amener leur locataire à s' en prendre à sa femme et lui si jamais il se rendait compte de leur intrusion dans son appartement.L' idée d' imaginer que Françoise pourrait tomber entre les griffes d' un homme qui se révélait être un meurtrier jusqu 'à preuve du contraire le séduisit un temps mais très vite l' espoir de la voir retomber dans ses bras grâce à l' intrigante aventure qu 'ils étaient en train de vivre ensemble effaça toute rancoeur.Il s' était battu pourtant.Des semaines qui furent ensuite des mois sans que jamais il ne vit la flamme d' un espoir se matérialiser.

Et puis il y avait eu ces hommes de passage qui lui avaient parus si nombreux lorsqu' il lui arrivait d' angoisser quand se couchait le soleil et que sa femme jouait à faire monter bruyamment jusque dans son appartement afin que son mari sache qu' à tout moment elle voyait d' autres hommes que celui auquel elle avait juré fidélité et qu 'elle punissait par où il avait péché.
Il s' était alors mis à boire.Trop même.Tant de venin était passé dans son sang qu' il avait failli se perdre définitivement.Et pourtant, ce qui le sauva un jour, c' est justement le regard de celle pour laquelle il se détruisait.Il n' y vit que mépris et dégoût pour l' être dégradé qu' il était devenu et cette image qu' il renvoyait alors fini de le convaincre que cette destruction morale et physique ne l' aiderait pas à la reconquérir.Depuis, bien sûr, rien n' avait changé.Ou peut-être, si.Un détail qui avait son importance : Ce fameux regard justement.Il avait changé pour se muer en ignorance.Christian avait réappris à se comporter comme un homme.Retrouvant presque ce charme qui un jour avait conquis françoise au point de l' entendre dire oui à leur union.

Christian s' apprêtait chaque jour dans la salle de bain.Le corps gardant encore les séquelles de ses excès, il illusionnait sur leur avenir à Françoise et lui, espérant la voir sonner à sa porte à tout moment et lui dire qu 'elle abandonnait toute idée de poursuivre son acharnement à le briser.Mais rien.Désespérément, son seul compagnon d' infortune était la solitude et il essayait par tous les moyens de la combler en se fabriquant des bribes de souvenirs qu' il ne partageait avec personne.A force de s' en construire, il avait même fini par oublier qu' il était seul responsable du drame quotidien vers lequel il s' enfonçait chaque jour un peu plus et vers lequel il était inexorablement attiré.Il était facile pour lui de rejeter la faute entière sur Françoise dans ses moments d' égarement que l' alcool rendait plus fréquents que jamais alors que dans ses instants de lucidité il réalisait à nouveau qu 'elle part de responsabilité incombait à chacun.

Aujourd'hui que tout semblait redevenu comme avant sa dépendance à l' alcool, le souvenir de cette époque terrible lui retournait l' estomac. Et dans le silence de sa cuisine, il se fit la promesse muette de ne plus jamais se retourner vers ces paradis artificiels qui toujours finissent par avoir le dessus.

# Posté le mercredi 10 octobre 2007 04:54

Modifié le mercredi 10 octobre 2007 05:32

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A partir de maintenant les articles seront hors-ligne.Je n'ai pas la pretention d'écrire un monument de la littérature mais comme les vols sont courants sur la toile, je préfére ne pas voir mes efforts être pillés (je préfére être prevoyant::)

# Posté le dimanche 28 octobre 2007 04:03