XVII

XVII
Depuis qu'il avait croisé les deux flics la veille, Edward se sentait emporté par une étrange sensation de malaise.Lui qui avait fuit son pays et par là même la police américaine, voilà qu'il était convoqué aujourd'hui par la police française.Il s'était préparé très tôt ce matin à toute éventualité.Devant le miroir de la salle de bain il avait répété inlassablement les réponses aux questions qu'ils lui poseraient très certainement et avait rasé sa barbe de trois jours, avait pris une douche, s'était parfumé, un peu trop même, avec une eau de Cologne bon marché.Il avait rangé l'appartement et notamment le salon dans lequel il avait cherché à tâtons le document médical qu'il n'avait pas retrouvé dans le sac en plastique qu'il avait remonté jusque chez lui et qu'il avait éventré au beau milieu de la cuisine.En pleine crise paranoïaque, il avait préféré brûler le tout plutôt que de le jeter à nouveau dans le vide-ordures.Une affreuse odeur de brûlé avait même éveillé la curiosité de Madame Blanchard, la vieille au "clebard", qui était montée jusque chez lui pour s'assurer qu'il n'avait pas mis le feu à son appartement.Il l'avait vite expédiée dans ses pénates prétextant qu'il avait oublié d'éteindre le feu de la gazinniere.

Au petit matin, l'escalier était envahi par une épouvantable odeur de brûlé qu'une nuit entière n'avait pas suffit à faire disparaître.Il savait qu'il aurait des comptes à rendre aux propriétaires mais préférait d'abord se concentrer sur son rendez-vous.Ce qu'il ne savait pas, c'est que les propriétaires, malgré leur relation houleuse avaient décidé de régler le cas "Black" ensemble et au plus vite.Ils savaient que la police s'intéressait de très près à lui et ne voulaient pas qu'il fasse de mauvaise publicité à l'immeuble.

Lorsqu'il pénétra dans le bureau des deux flics, il fut invité à s'asseoir face à eux.Il ne s'attendait pas à voir sur leur visage le moindre sourire d'autant plus qu'ils ne lui avaient laissé comme seul souvenir que deux visages inexpressifs et insondables...Ils l'invitèrent à s'asseoir face au bureau derrière lequel le plus grand, celui au visage sévère et qui conservait toujours une certaine distance envers ceux qu'il avait face à lui était assis sur un vieux fauteuil de cuir élimé tandis que l'autre, le "gentil" restait debout appuyé contre une fenêtre enfermée derrière cinq ou six barreaux infranchissables.Sur le bureau, un désordre indescriptible régnait.Des dossiers en attente jonglaient avec le feu, prêts à chuter au moindre coup de vent.Un vieux téléphone noir à cadran d'un autre âge semblait promettre de rendre l'âme à tout instant.Deux ou trois photos représentaient le visage d'une femme, d'autres d'enfants.Sans doute ceux du flic assis sur le fauteuil.Un cendrier aux couleurs d'une célèbre entreprise postale trônait au beau milieu de cet immense fatras.

_"Puis-je fumer?" Demanda Edward.
_"Peut-être plus tard" répondit celui qui se tenait debout."Nous avons d'abord quelques questions à te poser"

Sur le cendrier reposait un cigare aux prétentieuses dimensions, exhalant un parfum poivré particulièrement incommodant.L'autre flic, qui devait se nommer Dominici d'après la petite pancarte officielle posée négligemment sur la pile de dossiers fusilla son collègue du regard.Edward connaissait bien cette technique d'approche qui consiste à amadouer les suspects afin de les faire avouer tout et n'importe quoi.

_"Ne faites pas attention à Blanchard" rassura-t-il."Par ces grandes chaleurs il a tendance à prendre les gens de haut.Bien évidemment, si l'envie de fumer une cigarette vous vient, vous avez tout loisir d'en allumer une."

Il accompagna ses paroles d'un geste en poussant vers Edward le cendrier bariolé et par là-même le cigare malodorant.

_"Je vous promets que mon collègue ici présent ne vous tutoiera plus non plus, n'est-ce pas Blanchard?"

L'autre répondit par un haussement d'épaules puis s'éloigna vers le coté opposé de la pièce ou il posa ses fesses derrière un second bureau lui d'une propreté qui aurait fait pâlir de jalousie nombre de ménagères.

_"En fait" reprit le premier."Si nous vous avons convoqué ici ce matin c'est au sujet de l'affaire qui secoue le quartier depuis hier et dont vous avez très certainement entendu parlé puisqu'il s'agit d'une affaire de meurtre touchant l'une des locataires habitant dans le même immeuble que vous."
_"Je.....vois.Oui, je vois.Vous devez sans doute parler de la jeune noire dont la soeur est restée plusieurs jours sans nouvelles? Répondit Edward.
_"Sans doute?" s'empressa de demander le second flic très énervé et qui dans son coin trépignait d'impatience à l'idée de prendre les rennes de cet interrogatoire."A ce que je sache, il n'y a eu qu'un meurtre perpétré dans cet im......"
_"Ce que nous aimerions savoir Monsieur Black",demanda le premier coupant ainsi la parole au second ,"c'est si vous auriez quoi que ce soit à nous dire à ce sujet afin de nous aider à éclaircir cette malheureuse affaire."

En sueur, Edward s'incommodait de plus en plus de l'infecte odeur de fumée du cigare qui prenait possession de la pièce toute entière.Le col de sa chemise virait du rouge au brun au fur et à mesure qu'elle buvait l'eau secretée par les pores de son épiderme.

# Posté le mercredi 23 mai 2007 17:58

Modifié le jeudi 24 mai 2007 01:37

XVIII

XVIII
Christian et Françoise Armansin se regardaient en chien de faïence et malgré leur haine réciproque il étaient toujours décidés à faire quelque chose pour que l'éventuel désagrément qui pourrait découler de la présence de l'étrange locataire du troisième ne se transforme pas en certitude.Ce matin, Christian avait vu son locataire quitter l'immeuble en regardant à travers le rideau du salon, planqué comme le sont parfois les vieilles femmes vivant seules,et s'était empressé de venir sonner chez sa femme pour lui dire que la voix était libre.C'est Françoise qui possédait chez elle dans une minuscule boite verte tous les doubles des clés des appartements.Après s'être chaussée d'une paire de pantoufles elle pris dans la petite boite la clé correspondant à l'appartement d'Edward Black et rejoigna son mari sur le pas de la porte.Il se regardèrent sans un mot puis prirent le chemin menant à l'appartement d'Edward.Christian laissa sans galanterie sa femme monter les marches séparant leurs appartement de celui d'Edward la première, puis la suivi à distance raisonnable, c'est à dire, cinq ou six marche plus bas et ce jusqu'à ce que leurs pas les mènent jusqu'au palier de leur si encombrant locataire.
Arrivés à destination, ils restèrent un moment sans rien dire.Ils savaient que Black avait quitté son appartement mais comme pour se rassurer ils avaient besoin de s'en convaincre de façon formelle en tendant l'oreille vers la porte d'entrée.Au bout de quelques dizaines de secondes Françoise inséra la clé dans la serrure qui lui était dévolue, poussa discrètement la porte et pénétra l'entrée de l'appartement suivie de près cette fois-ci par Christian qui jusqu'à maintenant n'avait pas démontré qu'il était l'homme de la situation ne faisant que suivre l'ombre de sa femme.D'ailleurs c'est en partie ce qu'elle lui avait souvent reproché : Ne pas prendre de décisions, rester en retrait face à ses responsabilités...Voilà qui était comme une seconde nature chez lui, comme une seconde peau qui se fondait dans ce personnage à la carrure pourtant impressionnante par le passé.Aujourd'hui, il est vrai qu'il ressemblait plus à un vieillard voûté qu'au très bel homme qu'il avait été quelques années auparavant.

Lorsqu'ils se retrouvèrent dans l'appartement de Black, il furent immédiatement saisit à la gorge par une effroyable odeur de brûlé.En fait, la même que celle qui se dissipait lentement dans le grand escalier de l'immeuble mais beaucoup plus présente ici.Ils se regardèrent mal à l'aise. Même Françoise qui elle était une femme volontaire et courageuse hésitait maintenant entre la curiosité et le désir de rebrousser chemin.Ils se dirigèrent vers le salon qui faisait face à l'entrée et qui était plongé dans une quasi obscurité que seul un rai de lumière traversant les volets mis clos rendait encore facile à distinguer.Tandis que Françoise allumait la lumière de la pièce afin de pouvoir l'inspecter sans prendre le risque à tout instant de se cogner contre un meuble bas, Christian lui se dirigea vers la cuisine dans laquelle il découvrit les résidus de ce qui devait être à l'origine de l'épouvantable odeur.Un tas de cendres et de plastique fondu mais séché reposait au fond de l'évier en inox qui avait pris l'étrange teinte noire du charbon.

Françoise constata ce qu'elle savait déjà: Black avait très peu d'affaires à lui et le mobilier qui faisait partiellement vivre cet appartement était leur propriété à elle et Christian.Du salon, elle entendit le bruit caractéristique d'un réfrigérateur que l'on ouvre, suivi d'une longue plainte, celle de son mari...

# Posté le mercredi 23 mai 2007 18:03

XIX

XIX
_"Connaissez-vous cette jeune femme?" demanda Dominici en poussant du doigt vers Edward une petite photo.Sur celle-ci, ce dernier reconnu immédiatement la jeune femme disparue.....A moins qu'il ne s'agissait de sa soeur.
_"Je suppose qu'il s'agit de la jeune femme retrouvée morte?"répondit-il.
_""Sans doute" ! "je suppose" ! Je commence à en avoir assez ! Tu ne vois pas qu'il se fiche de nous? Laisse moi l'interroger.Tu peux être sûr que je vais lui tirer les vers du nez." s'enerva Blanchard.
_"laisse nous s'il te plait" lui répondit Dominici."Vas prendre un café.Profites-en pour m'en prendre un aussi.Vous voulez quelque chose Monsieur Black?"
_"Un chocolat, oui, un Chocolat" dit-il inquiet.

L'inspecteur Blanchard regarda une dernière fois Edward dans les yeux avant de s'engouffrer derriere la porte du bureau sans un mot et de se noyer dans la foule de policiers, criminels, escrocs, assassins, témoins qui faisaient vivre le commissariat.

_"Encore une fois, excusez la réaction un peu vive de mon collègue.Il a beaucoup de mal avec la diplomatie Monsieur Black."

On pouvait deviner sur les traits d'Edward comme un soulagement depuis que le flic avait disparu.Il espérait que la machine à café était à l'autre bout du batiment, se rassurait même en pensant que peut-être le seul moyen d'avoir un jus était de monter les étages et de se faire servir à la cafétéria.Il imaginait alors une file d'attente longue de plusieurs mètres, des clients irrassibles ralentissant l'évolution de la queue.

_"Black...Ça n'est pas français dites moi.Vous êtes anglais?"
_"Américain" répondit Edward." Je suis en France depuis quelques mois mais je ne sais pas si je vais rester encore longtemps.
_"Vous êtes en vacances?" demanda Dominici." Ou peut-être notre pays ne vous convient-il pas?"
_"Pas du tout" assura Edward."Simplement je n'aime pas m'éterniser."
_"Très bien" reprit l'inspecteur."Concernant cette jeune femme, que pouvez-vous me dire à son sujet? "

Edward regarda à nouveau la photo.C'était exactement la même que celle que lui avait montré l'autre jeune femme noire, sa soeur, le jour ou elle était venue sonner chez lui.Elle posait de trois-quart, portait de longs dreadlocks, avait le visage fin mais portait d'anciennes traces d'acnée.Edward pensa qu'elle avait eu sans doute beaucoup de chance d'être noire et de pouvoir cacher derrière sa couleur un acnée sévère.Aujourd'hui, maintenant qu'elle reposait à la morgue elle devait bien se ficher de ce genre de détail.

_"Vous savez, je crois ne l'avoir vue qu'une seule fois il y a quelques temps déjà, accompagnée de sa soeur alors que je revenais d'une promenade" mentit-il.

Edward n'avait absolument pas pour habitude de sortir de chez lui ne serait-ce que pour aller à l'épicerie du coin alors l'idée même de se promener et ainsi de s'éloigner de son "abri" ne lui aurait pas traversé l'esprit.L'inspecteur tendit vers lui une seconde photo, celle-la, beaucoup plus explicite.On y voyait une jeune femme allongée nue sur une table d'un métal qui semblait être de l'inox.De chaque coté, de larges rigoles semblaient avoir comme fonction la même que celle des gouttières sur les toits des immeubles mais Edward se doutait bien que leur rôle devait être bien diffèrent que celui d'accueillir les eaux de pluie.La jeune femme avait les yeux clos, elle était d'une blancheur maladive, le visage était inexpressif, elle semblait endormie pour un sommeil éternel et au beau milieu du thorax, une cicatrice verticale longue d'une bonne vingtaine de centimètres lui barrait la poitrine.

_"Que........qu'est-ce que c'est? Pourquoi me montrez-vous cela" demanda Edward ecoeuré
_"Vous ne la reconnaissez pas? Lui répondit Dominici."C'est la jeune Alexis, la femme retrouvée morte.Et cette large cicatrice qui semble vous rendre mal à l'aise, c'est la plaie béante qui lui barrait le torse lorsque nous l'avons retrouvée.Il lui a ouvert le thorax Monsieur Black.Sur une longueur d'une quizaine de centimètres il l'a ouverte comme une pièce de viande et lui a arraché le coeur Monsieur Black.Vous comprenez? Alors, vous n'avez toujours rien à me dire au sujet de cette jeune femme?

Edward retrouvait dans le comportement de l'inspecteur Dominici celui qu'il redoutait tant dans celui de l'autre, Blanchard, qui n'était toujours pas revenu de son expédition.

# Posté le vendredi 25 mai 2007 01:23

XX

 XX
Françoise prenait habituellement un malin plaisir à voir souffrir son mari de son absence.Elle devinait qu'à chaque fois qu'elle sortait de chez elle en tenue aguicheuse il la guettait derrière la porte de son appartement, l'oeil rivé au judas avec une envie folle de l'empêcher d'aller se fourvoyer avec d'autres hommes.Au début, elle y allait un peu par provocation.Et aussi parce qu'une amie à elle avait ses habitudes dans une boite ou les hommes partaient à une chasse d'un genre bien particulier qui consistait à rentrer à la maison avec une femme prête à assouvir leurs penchants les plus torrides.Après quelques semaines elle avait commencé à trouver des avantages certains à ce type de relations.Pas d'attaches, pas d'emmerdements, pas de compromis et surtout une collection intarissable d'hommes plus ou moins intéressants et qui allaient du beauf, fan de tuning et chemise ouverte bardée de bijoux en or sur une poitrine à la Demis Roussos, au plus distingué, petite moustache à la Gable sous le nez ou bien bouc à la Flynn, cheveux laqués, un peu rétro mais toujours d'une finesse exemplaire.Depuis quelques temps pourtant elle avait cessé de fréquenter cette boite qui se trouvait à seulement quelques kilomètres de l'immeuble ou elle vivait.Simplement, un soir elle avait faillit être reconnue par les deux jeunes femmes noires qui s'étaient installées dans l'immeuble et qui venaient prendre possession de leur carré d'homme célibataires.Elle avait eu ce soir là un long frisson de peur d'être aperçue par les deux soeurs et avait préféré ne plus revenir pour ne pas risquer de voir l'immeuble entier être au courant de ses frasques nocturnes.

Ce jour là pourtant, alors qu'elle inspectait le salon d'Edward Black, le cri de son mari la fit sursauter et elle se rua à toute vitesse dans la cuisine afin de voir ce qui avait pu l'effrayer ainsi.

_"que t'arrive-t-il?" lui demanda-t-elle.

Assis sur les fesses, le coté droit du visage éclairé par la lumière du réfrigérateur ouvert, il pointait du doigt vers l'entrée qui jouxtait la cuisine.Sur le mur d'en face, perpendiculaire à la porte d'entrée, un grand miroir marbré d'éclaboussures noires renvoyait à Christian son image.Il avait cru un instant être dérangé dans son exploration par quelque inconnu apparu comme par enchantement.L'idée même que le locataire était rentré plus vite que prévu lui avait traversé l'esprit.Le reflet de Françoise accompagnait désormais la sienne et finissait de le rassurer.Il se releva s'aidant des mains, épousseta son pantalon qui venait d'absorber un liquide épais, comme une sorte de coulis à la framboise ou à la fraise qui avait profité de l'ouverture de réfrigérateur pour fuir et regarda dans la même direction que Françoise qui ne disait plus rien.

_"Mais que....qu'est-ce que c'est que ça?" demanda-t-il surtout à lui-même.
_"Comment veux-tu que je le sache?" repondit-elle persuadée qu'il s'était adressé à elle.

Dans l'image que renvoyait le miroir, on pouvait remarquer un objet brillant et cubique, légèrement en retrait et qui maintenant accaparait l'attention de Christian et de sa femme.Comme un seul homme il se dirigèrent ensemble vers l'objet dont les contours se précisèrent peu à peu: Il s'agissait d'une petite boite, quelconque si ce n'était les résidus d'un cachet qui avait dû être retiré peu de temps auparavant...

# Posté le samedi 26 mai 2007 02:03

XXI

XXI
_"Vous devriez vous décider à me parler Monsieur Black, avant que mon collegue ne revienne de sa petite balade.Vous avez dû vous rendre compte qu'il était beaucoup moins compréhensif que moi" menaça Dominici.
_"Mais que voulez-vous savoir? Je ne sais absolument rien de cette affaire.Je ne côtoie personne dans l'immeuble." répondit Edward.
_"Pourquoi ne nous avez-vous pas ouvert hier lorsque nous sommes venus sonner à votre porte Edward? Je peux vous appeler Edward?" demanda l'inspecteur.
_"Comme vous voulez.Pour la simple raison que je n'étais pas chez moi" assura Edward.
_"Vous mentez! Nous avons croisé Mademoiselle Alexis près de votre appartement et elle nous a assuré que vous ne sortiez jamais de chez vous.De plus, mon collègue et moi vous avons croisé dans le local à poubelle peu de temps après avoir tenté de vous voir.un laps de temps bien trop court pour que vous ayez eu le temps de remonter chez vous et de redescendre jeter vos poubelles."
_"Mais je ne descendais pas les poubelles" s'énerva Edward."Je venais au contraire les récupérer".

Edward réalisa ce qu'il venait d'avouer à l'inspecteur qui profita de l'occasion pour s'engouffrer dans la brèche.

_"Vous récupérez vos poubelles vous ? Tiens, comme c'est étonnant.Habituellement on se débarrasse de ses ordures.On ne les remonte pas chez soit Monsieur Edward" dit Dominici qui appelait à nouveau Edward par son nom."Auriez-vous eu tout intérêt à ce que le contenu du sac que vous teniez à la main ne tombe pas dans les mains d'autrui?"
_"Pas du tout" s'emporta Edward."Je pensais simplement avoir jeté par mégarde un objet auquel je tenais.Je suis assez tête en l'air."

La porte du bureau s'ouvrit sur le visage toujours agréable de l'inspecteur Blanchard qui tenait dans une seule main deux gobelets en plastique à travers desquels on devinait deux boissons différentes.Ce qu'elle avaient de commun c'était cette épaisse fumée qui s'en dégageait et qui commençait déjà à enrober la pièce sans pourtant arriver à camoufler l'odeur puissante du cigare qui n'en finissait pas de se consumer dans le cendrier posé sur le bureau de l'inspecteur Dominici.Entre ses levres il avait coincé un troisieme verre à moitié vidé sur le trajet qui l'avait ramené jusqu'ici.Il se dirigea à pas pressés vers le bureau de son collegue et posa devant lui le gobelet contenant le café.Il donna une legere tape sur l'épaule d'Edward et lui tendit le second gobelet.

_"Merci" dit simplement Edward.
_"Alors?" demanda Blanchard sans répondre à Edward."A-t-il parlé?" adressa-t-il directement à Dominici.
_"Figure toi que Monsieur Black s'est généreusement proposé de nous accompagner jusque chez lui, n'est-ce pas Monsieur Edward?"lui répondit celui-ci.

Edward prit de court ne sut pas quoi répondre à cette proposition et resta muet, préférant cacher sa déconvenue en plongeant le nez dans son chocolat.

_"Ouais, ben qu'il se depeche de boire son jus.T'entends c'que j'te dis?" Demanda-t-il à Edward en se retournant vers lui. "Magne toi de vider ton verre on a du boulot."

Edward avait de plus en plus de mal à contenir son malaise d'autant plus que son verre se vidait à vitesse grand V et que bientôt il n'aurait plus rien derrière lequel cacher son visage déconfit.Dominici ne toucha même pas au sien et préféra prendre le cigare sur lequel il tira deux ou trois bouffées avant de l'écraser au fond du cendrier.Une épaisse fumée se dégagea alors du tas de cendres avant de se diluer dans l'espace confiné du bureau.Il se dirigea près de la porte d'entrée ou trônait un vieux porte-manteau sur lequel reposait un vieil imperméable à la "Columbo" qu'il prit de manière négligée et qu'il coinça sous son bras droit.Blanchard lui, très certainement nourri aux séries policières américaines s'assura que le barillet de son arme était plein avant de s'adresser à Edward toujours aussi sur sa chaise.

_"Debout! On va faire un tour chez toi.Mets les mains dans le dos".
_"Inutile" lui adressa Dominici."Je suis certain que Monsieur Black va nous y accompagner sans faire d'histoires, n'est-ce pas ?"

# Posté le samedi 26 mai 2007 18:53