XII

XII
La vieille malle en imposait de par sa rusticité qui lui conférait le charme de ces vieux meubles que l'on s'amuse à chiner chez les antiquaires et que l'on peut parfois espérer trouver chez certains brocanteurs.Trois solides loquets de cuivre protégeaient son contenu et son bois satiné était à certains endroits marqué par de nombreux coups qui témoignaient des fréquents déplacements de son propriétaire.

Les doigts fébriles, refermés sur la clé qui allait bientôt lui permettre de pénétrer les souvenirs enfouis dans cette relique, Edward hésitait encore à s'y brûler les doigts car elle renfermait ceux d'un passé qu'il fuyait depuis de nombreux mois.Il réfrénait aussi ce désir qu'il savait être avant tout celui de son frère qui était réapparu bien malgré lui dans son existence et qui essayait à nouveau de pervertir son esprit.

Il parvenait souvent à occulter la présence de ce lourd objet et s'inventait même un passé qui n'autorisait pas la présence de ce qu'il considérait comme sa "boite de pandore" et qui possédait en son sein non pas les maux de l'humanité mais ceux de son existence propre.L'enfermer dans cette pièce et ne jamais y pénétrer était pour lui un bon moyen d'y faire abstraction et c'est d'ailleurs pourquoi il avait fait du salon le point névralgique de son existence, l'un des rares endroits ou chacun de ses gestes et de ses réflexions n'étaient pas parasités par la présence de cette malle.A présent qu'il y était parvenu, voilà que son frère était réapparu pour tout remettre en cause.

Il réfléchissait à une solution qui lui permettrait de se jeter dans la gueule béante de l'objet sans s'y perdre définitivement, sans y voir son âme se noyer dans les méandres de souvenirs réprimés.
Il regarda d'un oeil circonspect les trois serrures qui lui faisaient face avant de faire pénétrer la clé dans celle de gauche, puis dans celle de droite.A chaque fois, un petit cliquetis lui signifia que le loquet était ouvert.Il ne lui restait plus que la serrure centrale qui lui jetait un oeil aveugle et provocateur comme si, unique au beau milieu d'un visage cyclopéen, elle lui interdisait de venir s'introduire en elle.Edward eu presque envie d'y croire et de laisser pour un temps du moins, toute idée d'aller plus loin.Mais encore, la phrase de son frère lui revint en tête et il ne voulait en aucun cas imaginer les railleries dont il serait victime par la suite.Car son frère avait le don de lui peser sur la conscience par sa capacité à sans cesse le mettre face à ses faiblesses et cela, Ed ne le voulait plus.Ouvrir cette malle était peut-être pour lui le moyen définitif de se débarrasser à la fois de son "double" ainsi que de ses souvenirs malheureux.
Comme une grande lessive qui l'aiderait à faire le vide sur un passé bien trop longtemps gardé pour lui.Alors, prudent mais volontaire, il glissa la clé dans la dernière fente, senti une légère résistance et comme pour les deux autres, entendit le familier cliquetis qui signifiait qu'il allait soit sombrer à tout jamais, soit enfin se relever et combattre fièrement ses tourments.
De chaque coté de la malle, ses mains se refermèrent telles les serres d'un rapace et exécutèrent un mouvement de levier vers le haut.Comme une bouteille de soda éventée, une légère résistance força Edward à insister un peu plus sur sa pression et un instant plus tard, comme par enchantement, l'air s'engouffra à l'intérieur de la malle dans un léger bruit de soufflet.Edward, plutôt que de rester concentré sur ce qu'allait révéler l'intérieur de la boite, suivit du regard le couvercle qui finit sa route bloqué par le mur arrière.L'espace d'un instant, il eut envie de rebrousser chemin et de tout refermer mais changea très vite d'avis lorsque ses yeux se posèrent enfin sur le contenu de la malle:
A l'intérieur, de nombreux vêtements et objets formaient un incroyable capharnaüm et parmi eux une boite noire hermétiquement fermée par un sceau en cire aux armoiries étranges...

# Posté le jeudi 17 mai 2007 00:29

Modifié le samedi 19 mai 2007 10:53

XIII

XIII
Alors que le temps semblait s'être arrêté pour Edward qui, les heures filant à toute allure, était resté là sans rien pouvoir faire d'autre que de fixer de manière presque inconsciente la petite boite qui reposait toujours au beau milieu de tout un fatras de vêtements, avait de plus en plus de mal à distinguer les objets environnant à mesure que le soleil laissait sa place aux lampadaires du quartier.Au rez de chaussée, dans le vieil appartement de Madame Perez, le petit poste de télé allumé en permanence et au volume élevé voyait la présentatrice du journal de vingt heures "gueuler" les dernières nouvelles.D'une voix neutre elle chiffrait le nombre des victimes des attentats en Irak, revenait sur l'effroyable famine qui rongeait l'Afrique, comme une litanie qui chaque année poussait de nombreuses familles à ouvrir leur porte-monnaie, presque honteux d'avoir sur la table de la salle à manger des mets fumants et parfumés pendant que sur le petit écran de petits africains mouraient en direct.Les nouvelles ce soir là étaient particulièrement terribles à entendre.Meurtres, chômage, famine, pollution, dans l'immeuble on attendait fébrilement que l'étalage de mauvaises nouvelles prenne fin en se disant qu'il fallait faire quelque chose certainement pour se donner bonne conscience.L'une des infos de la soirée retint tout particulièrement l'attention de la concierge.Sur le petit écran, on voyait le visage d'une jeune noire en larmes et en haut à droite la photo d'une autre qui lui ressemblait étrangement.Madame Perez réalisa alors qu'il s'agissait des deux jeunes femmes habitant un peu plus haut dans l'immeuble et dont la plus jeune avait disparue sans laisser de trace.La concierge avait du mal à reconnaître la jeune femme aux yeux bouffis et aux cheveux désordonnés.Il faut dire qu'elle n'avait eu l'occasion de la rencontrer que très rarement et encore, dans la cage d'escalier aux luminaires discrets.Malgré un volume sonore sur lequel le quartier tout entier aurait bien volontiers fait l'impasse, Madame Perez n'avait pas suivi le début du reportage et mit un temps avant de comprendre que la jeune femme venait d'apprendre que l'on avait retrouvé le corps de sa jeune soeur dans des circonstances atroces.Elle avait été retrouvée nue dans la cours intérieure d'un immeuble près du local à poubelles à quelques rues seulement de celui ou elle vivait.Visiblement, malgré la posture du corps et sa nudité, elle n'avait pas été violée mais une étrange incision avait été opérée au niveau du sternum.Les canards du lendemains en feraient certainement leur chou gras, attirant alors un très grand nombre de personnes avide de nouvelles à sensations à grands renforts de titres pompeux.

La concierge, plutôt que de se confondre en émotions se dit qu'il risquait bientôt d'y avoir un sacré remue-ménage dans l'immeuble, que les pas de nombreux hommes l'obligeraient à laver l'immeuble plusieurs fois par jour.Elle s'indignait aussi de voir qu'une fois de plus la police arrivait trop tard sur les lieux, qu'elle avait négligé cette affaire de disparition et que désormais, c'est la soeur de la victime qui allait en payer les frais.Madame Perez n'était pas de ces gardiennes d'immeubles qui colportent les ragots, qui diffusent les informations sans s'être assurée avant toute chose de leur véracité.De toute manière, la seul femme qui aurait pu un temps soit peu lui prêter une oreille attentive n'avait plus les facultés intellectuelles pour cela et n'avait pour seule compagnie qu'un sale petit cabot frisé et gueulard.

Dans les étages certains s'indignaient des nouvelles qu'ils venaient d'apprendre, d'autres qui ne se mêlaient pas de ce que pouvaient faire leurs voisins n'avaient même pas fait le rapprochement entre la jeune femme de la télé et celle qui habitait au dessus ou en dessous de chez eux avant que certaines images ne montrent la façade de l'immeuble dans lequel ils vivaient.

Edward lui continuait à regarder fixement la petite boite sans avoir conscience des bouleversements que se préparait à vivre l'immeuble et ses environs.Sur ses lèvres se dessina un semblant de sourire, malicieux, pervers, énigmatique.Il semblait ne plus être lui-même et dans son comportement semblait s'opérer un changement.Il se pencha alors vers l'avant, se saisit alors de la petite boite noire et l'emporta jusque dans le salon.

# Posté le vendredi 18 mai 2007 00:57

Modifié le samedi 19 mai 2007 10:56

XIV

XIV
Lorsqu'il se réveilla le lendemain en milieu de matinée, Edward avait la bouche pâteuse.Quelques canettes de bière finissaient de sécher à l'air libre, les capsules jetées dans le cendrier de la table basse.La petite boite avait perdu son sceau et son contenu était désormais éparpillé sur le canapé.On devinait la présence de photos en noir et blanc pour certaines et aux couleurs délavées pour d'autres.Quelques-une était cornées alors que d'autres auraient pu avoir été prises la veille si ce n'était ce jaune typique des photos trop longtemps exposées au soleil qui convainquait du contraire.Une barbe de trois jours rongeait les joues et même la naissance des pommettes d'Edward qui ne se donnait plus la peine d'avoir une apparence un brin correcte depuis quelques jours.Sous le tas de photos, on devinait la présence d'un médaillon en or blanc et de forme octogonale sur lequel on pouvait remarquer les mêmes armoiries que celles gravées sur la petite boite maintenant ouverte.Divers documents roulés en boule avaient durant la nuit rejoints les nombreux moutons qui s'accumulaient sur le tapis situé sous la table basse.Tout juste éveillé, Edward tenait encore dans le creux de la main un papier plié en quatre de façon méticuleuse dont l'en-tête indiquait qu'il s'agissait d'un document médical.taché en différents endroits par de douteuses matières.Alors qu'il s'apprêtait à nouveau à le déplier afin de se convaincre de ce qu'il avait découvert inscrit dessus pendant la nuit, on sonna à la porte.Se laissant d'abord tomber au sol et se réceptionnant sur les genoux, Edward eu quelques difficultés à se remettre debout pour aller voir qui venait de sonner chez lui.Trainant la savate, il mit une bonne minute pour atteindre son but et lorsqu'il regarda par le judas, il regretta très vite de ne pas être resté couché.Derriere la porte, deux hommes en uniforme attendaient patiemment qu'on veuille bien leur ouvrir.Edward, se retourna pour constater le désordre qui régnait dans l'appartement et pensa qu'il ne valait peut-etre mieux pas que les deux hommes voient dans quelles conditions il vivait.Il avait déjà eu affaire à eux là-bas, aux États-unis, et personne mieux que lui ne savait à quel point le moindre détail pouvait rendre les flics soupçonneux, alors, quand ils verraient l'état de l'appartement Edward deviendrait le suspect idéal d'un meurtre, d'un viol ou pourquoi pas d'un enlèvement.

Il s'arrêta de respirer.L'oeil collé à la porte, il priait pour que les deux hommes ne l'aient pas entendu s'approcher.Il remercia dieu que l'appartement fut recouvert d'une moquette, même usée, plutôt que d'un parquet bruyant et couinant.Ils sonnèrent à nouveau, deux coups, puis quelques instants plus tard trois autres.L'un avait le visage sévère de ceux que l'on ne trompe pas tandis que l'autre tournait le sien vers le sol proposant ainsi à Edward la vision de son crâne auréolé d'une calvitie naissance.Le judas déformait les perspectives et les deux hommes, malgré le visage inquiétant du premier ressemblaient à deux boules de bowling montées sur de fins ressorts.Une vision presque comique qui faillit trahir le rire étouffé d'Edward.Le type au crâne d'ecclésiastique tapait lentement du pied droit sur le sol et marquait ainsi son impatience.La sueur coulait le long des tempes d'Edward qui ne tenait plus en place.Mais quand donc allaient-ils se décider à rebrousser chemin se demanda-t-il.Comme un signe venu du ciel, le policier au visage sévère fit un pas en arrière, se pencha vers la sonnette à coté de laquelle la même fine plaquette de plastique que celle de Madame Perez portait le nom d'Edward, et se décida enfin à partir, insistant un court moment pour que son collègue fasse de même.Ce dernier révéla enfin son visage aux traits plutôt fins mais qui cachaient sans doute une prédisposition à la couardise d'ailleurs, malgré son visage presque innocent, il semblait déterminé à en découdre avec Edward...

# Posté le vendredi 18 mai 2007 18:52

Modifié le samedi 19 mai 2007 10:54

XV

XV
Les deux hommes n'insistèrent pas et firent demi-tour.Arrivés près des marches du grand escalier il laissèrent passer la femme à la couleur ébène, soeur de celle retrouvée morte la veille.Son visage était caché par l'un des deux policiers qui s'en y avoir l'air lui barraient tout de même le passage vers l'étage supérieur.D'après Edward, elle devait probablement montrer aux deux hommes un certain mécontentement et peut-être même bien de l'inquiétude puisqu'après un moment qui sembla durer une éternité, comme un seul homme, ils sortirent leur carte de police et les tendirent en direction de la jeune femme.

Edward, derrière sa porte, était comme un gamin qui vient de s'introduire dans l'obscurité d'une salle de cinéma sans avoir payé sa place.Il profitait du spectacle sans y avoir été convié, avec une curiosité mêlée d'un certain malaise car il savait qu'il ne pourrait pas échapper à ce couple de flics qui devait très certainement se donner du coeur à l'ouvrage lorsqu'il s'agissait de trouver le coupable d'un meurtre.Mais pourquoi s'inquiéter puisqu'il était innocent? Il avait bien des soupçons de son coté...Comment expliquer la coïncidence entre le retour de son frère et la mort de cette jeune femme?

Échappant à ses pensées, il se concentra à nouveau sur ce qui se qui se passait dans le couloir de l'immeuble et constata que les trois acteurs de la scène avaient disparus.il se pencha à l'extrême droite, puis à l'opposée, espérant qu'ils s'étaient peut-être décalés mais rien.Ils avaient proprement abandonné leur position au dessus de l'escalier.Les deux hommes lui laissaient un répit qu'il savait de courte durée.Ces hommes là étaient comme des épines enfoncées dans le pied, qui vous lancent et qui, tant que vous les avez sur le dos, ne vous laissent jamais respirer.Il se dit que c'était là une bonne occasion pour lui de planquer les quelques objets qu'avait vomit la petite boite noire et qui pourraient intéresser la police.Il opta même pour une solution radicale en décidant de jeter dans le vide-ordure la totalité de ce qu'il avait éparpillé sur le canapé.Il se dirigea vers la cuisine ou un vieux sac de supermarché dormait dans l'un des tiroirs du meuble qui supportait l'évier.On y voyait inscrit en gros un M de couleur verte et en dessous une mise en garde dans laquelle il était conseillé de ne pas laisser les jeunes enfants jouer avec.Il retourna dans le salon, se pencha sur le canapé puis, à pleines mains, il récupéra des brassées de photos et de documents qu'il jeta sans ménagement dans le sac de plastique.Il s'arrêta parfois sur certaines images qui le montraient accompagné de charmantes jeunes femmes.D'autres encore le voyaient bras dessus bras dessous avec une femme d'un certain âge dont les traits familiers laissaient supposer qu'elle était sa mère.Une fois tout ces papiers jetés dans le sac, il prit la petite boite et alla la déposer dans l'entrée comme si elle y avait toujours été, et alla jeter le sac dans le vide-ordure.De retour dans le salon, il examina chaque recoin.Bon, tout semblait en ordre.Il regarda vers la petite table basse et s'engueula presque lorsque son regard tomba sur les bouteilles de bière vides et sur le cendrier plein de mégots recouverts par les capsules de bière.Il semblait d'ailleurs manquer quelque chose.Il se souvenait bien qu'après son reveil brutal provoqué par la sonnerie de l'entrée, il avait posé quelque chose à coté du cendrier. Edward avait pourtant les idées beaucoup plus claires maintenant que les deux autres étaient partis et pourtant, il n'arrivait pas à mettre la main dessus, comme s'il avait un mot au bout de la langue mais qu'il était bien incapable de le prononcer.Il s'assit un instant sur le bord du divan pour réfléchir et c'est en ouvrant les mains qu'il se souvint du document qui s'était retrouvé enfermé dans l'une d'elle toute la nuit.D'ailleurs, sur la paume de la main droite étaient encore visibles les marques laissées par le papier.Il regarda partout autour de lui, inquiet car si encore, les photos et autres documents n'auraient en aucun cas pu élever réellement de soupçons contre lui, celui qu'il avait gardé prisonnier de ses doigts ne devait en aucun cas tomber entre les mains de la police.

Il finit par se mettre à quatre pattes, comme l'aurait fait un chien de chasse à l'affût d'un cerf, fouilla minutieusement autour du canapé puis sous la petite table basse mais ne trouva rien...Et s'il l'avait jeté machinalement avec le reste des objets? Malheureusement il était incapable d'en être sûr de manière définitive et il avait absolument besoin de s'en convaincre avant d'abandonner toute idée de le retrouver..Il prit la première paire de chaussures qui traînait dans l'entrée, glissa sa maigreur dans l'ample imperméable qui tenait lieu d'épouvantail posé qu'il était sur le porte-manteau du réduit qui faisait directement suite au salon sur la gauche, juste avant le couloir menant à l'unique chambre de l'appartement et le trousseau de clés en main, s'échappa furtivement, courant presque dans l'escalier jusqu'à se retrouver dans le local à poubelles sur le mur d'en face duquel ouvrait de sa gueule démoniaque et odorante, un vide-ordure aux commissures dégoulinantes.Sous ce dernier, une benne grise au couvercle vert kaki béait, accueillant ainsi les ordures ménagères jetées du haut des cinq étages encore habités de l'immeuble.Edward trouva très vite ce qu'il était venu chercher là.Le sac de plastique rempli de photos et de documents trônait au beau milieu de la montagne de déchets, à son sommet, et n'attendait plus que son évacuation vers la décharge publique installée aux alentours de la ville.Souriant et rassuré Edward opéra un demi-tour sur lui-même et se retrouva face aux deux flics.L'un d'eux lui demanda alors :

_"Monsieur Black je présume?"

# Posté le samedi 19 mai 2007 19:04

XVI

XVI
"Il ne la regardait pas, il la reluquait véritablement! Un voyeur assis au dessus d'une exhibitionniste involontaire.Il transpirait à grosses gouttes.La sueur dégoulinait sur son front et la tête penchée au dessus de sa victime, les réseaux humides qui s'échappaient des pores de son cuir chevelu se rejoignaient en un point unique au milieu du front pour former une sorte de petite cascade qui se tarissait en formant de grosses gouttes chutant sur le corps de la jeune femme.Certaines venaient s'écraser entre les petits seins envahis par la chair de poule de Virginia tandis que d'autres venaient s'échouer sur les commissures de ses lèvres qui finissaient par faire la grimace.Ce qui la repoussait bien plus encore que cette sueur qui séchait sur sa peau et qu'elle n'avait pas désirée c'était cette odeur de transpiration qui empestait la pièce.L'homme ne s'était visiblement pas lavé depuis un certain temps et ses pores encrassés exhalaient un parfum nauséabond dont la jeune femme se serait bien passée.Son regard aussi la dégoûtait.Il ne la regardait jamais dans les yeux comme si elle ne signifiait rien pour lui, il bavait presque devant ses petits seins de jeune adolescente et s'amusait à forcer son appui contre les jambes et les bras solidement attachés aux barreaux du lit.Des barreaux qui avaient dû en voir des vertes et des pas mûres depuis que Virginia était allongée là.Elle avait remarqué la rouille qui grignotait un peu plus chaque jour le métal des montants du lit, SON lit.Elle s'était aussi un instant demandé ce qu'était cette étrange matière qui les recouvrait à divers endroit préférant au bout d'un moment se concentrer sur autre chose.C'était déjà effrayant de se retrouver attachée sur ce lit avec cet homme au dessus d'elle sans qu'elle ne sentit le besoin de se terroriser avec des hypothèses macabres.Elle réalisait avoir perdu conscience du temps qui avait passé et était bien incapable de savoir depuis quand elle était enfermée dans sa propre chambre.

Lui se rendait malade au dessus d'elle à la dévorer du regard sans être capable du moindre mouvement, du moindre attouchement sur elle.Il avait rêvé ce moment si souvent qu'aujourd'hui il se retrouvait sans moyens, si près du but et ne sachant par où commencer.Il ferma alors les yeux pensant qu'il arriverait certainement plus facilement à la toucher, la caresser et pourquoi pas l'embrasser.Virginia se glaça les sangs lorsqu'elle sentit un doigt remonter son épaule gauche, remonter vers sa gorge et faire un coude à quarante cinq degré pour plonger entre ses seins.Malgré son dégoût, elle ne pouvait empêcher son corps de réagir aux assauts de l'homme.Il s'avançait un peu plus, l'écrasant de tout poids au niveau de la taille.Virginia en eut presque le souffle coupé.L'inconnu se pencha alors sur elle, embrassant ses yeux, son front, ses joue puis son menton, toujours en évitant tout contact avec ses lèvres.Virginia, ecoeurée détourna le visage sur le coté droit, ferma les yeux et se rassura en se disant qu'en le laissant agir sans rien révéler de son dégoût elle aurait peut-être une chance, une fois l'homme repu, de le voir la libérer et la laisser partir.Au moment même ou ses paupières furent closes, elle sentit une pointe froide s'enfoncer légèrement dans son sein gauche et entendit la voix de l'homme lui dire:

_"Ouvres les yeux"

Dans un premier temps, elle fit comme si elle n'avait rien entendu mais lorsqu'elle sentit le sang, son propre sang, couler le long de son ventre jusqu'à faire comme une oasis écarlate autour de son nombril, elle prit peur et s'exécuta mais toujours en gardant le visage tourné vers la droite.Elle avait devant les yeux une petite table de nuit sur laquelle reposait un petit réveil électronique aux chiffres lumineux de couleur verte qui annonçaient qu'il était dix-huit heures vingt sept et à coté duquel reposait une photo qui tournait le dos à Virginia.Elle sentait avec effroi que l'homme cherchait à la fouiller.Il laissait derrière ses caresses buccales de longues traînée de salive.Virginia n'en pouvait plus d'imaginer ces sécrétions pénétrer sa peau à mesure qu'elles séchaient sur la brûlure de sa peau qui malgré son rejet ne pouvait qu'exprimer de façon innocente ce qu'elle ressentait devant les jeux répugnants de l'homme.Elle fut soulagée de constater que son abjection plaisait à l'homme qui de son sourire jaune exhalait des relents de nicotine.particulièrement repoussants.Dans le silence de la chambre que seul le couinement des ressorts du matelas venait troubler, l'inconnu prononça quelques mots :

_"Laisse moi" dit-il."Laisse moi seul avec elle".

# Posté le lundi 21 mai 2007 01:11