VII

VII
Les yeux mi-clos, presque aveuglé par un soleil se faisant décidément impitoyable envers ceux dont il n'est pas un ami, Edward s'est plongé dans la faune urbaine à l'heure de pointe.Très tôt ce matin, il s'était décidé à prendre son courage à deux mains et à affronter le regard de son prochain.Il avait d'abord choisi de sortir de son environnement à l'aube, lorsqu'encore la ville dort sur ses deux oreilles, à l'heure ou seul les camions-bennes ouvrent leur grande gueule pour avaler tout entiers des montagnes de détritus déposés par les millions d'habitants.Des déchets que si peu de personnes s'évertuaient à traiter, à séparer selon leur catégorie que ces dernieres baissaient vite les bras et revenaient à leurs ancienne habitudes.Les trottoirs sentaient le frais.De nouveau véhicules promenaient leur énorme arrière-train, conduits par des hommes au visage blasé et suivis par un autre de corvée, marchant à la même vitesse, tuyau d'arrosage à la main, nettoyant à l'eau de ville les rares déchets ayant résisté plus tôt à la gourmandise de leur grande soeur.La scène fit presque sourire Edward qui de la fenêtre de son nouvel appartement avait toujours été intrigué par cette drôle de coutume typiquement européenne qui consistait a rendre peau neuve à une ville souillée pendant la nuit.
Il marchait derrière ce drôle de véhicule, à quelques pas seulement, se cachant des rares individus qui auraient eu la même idée de sortir si tôt le matin, camouflant le bruit de ses pas derrière celui du moteur de l'engin.....

Malheureusement pour Edward, ce petit scénario ne s'était construit que dans sa tête, face au miroir de la salle de bain.Entre sa volonté de sortir du marasme dans lequel il s'enfonçait et sa peur du monde extérieur, il avait perdu beaucoup trop de temps à cogiter et au moment ou il avait trouvé enfin la force de se lancer dans l'inconnu, le soleil était à son zénith et la foule nombreuse à marcher sur les trottoirs.Et pourtant, parce qu'il savait qu'il n'y parviendrait plus en cas d'abandon, parce qu'il avait besoin de se prouver qu'il était encore un homme et non pas une bête aux abois chassée de son pays natal par des personnes sans nom, il avait réussi à franchir le seuil de la porte d'entrée, puis avait descendu deux par deux les trop nombreuses marches qui le séparaient du monde extérieur, des marches aux dangers multiples qu'il nommait Armansin, Perez ou encore Alexis pour ceux dont il connaissait déjà le nom.Pour lui, des fossés impossibles à franchir puisqu'il savait pertinemment que s'il avait croisé l'un d'entre eux, que si une conversation s'était engagée, il aurait fini par faire demi-tour, aurait remonté les marches quatre par quatre, aurait ouvert la porte de son appartement d'une main tremblante, l'aurait aussi rapidement refermée sur l'image d'un escalier rustique pour coller son oreille dessus et s'assurer que personne ne l'avait suivi jusque là.....

Heureusement pour lui, la toute première étape de l'exploit extraordinaire qu'il s'apprêtait à accomplir s'était déroulée sans encombres.Maintenant il était bien obligé d'aller jusqu'au bout, lancé sur la voie d'une imprévisible guérison.La seule question pour lui était de savoir s'il aurait la force d'aller jusqu'au bout.Le visage baissé, il ne voyait fort heureusement pas tous ces badauds qui le fixaient du regard avant de l'avoir croisé et de l'avoir ensuite dans le dos.Son apparence générale en faisait un vieux garçon à la dégainer pitoyable.Un pantalon aux jambes noires bien trop courtes cachait difficilement une paire de chevilles malingres et blanches et ce n'étaient certainement pas les chaussures qu'il portait qui auraient pu arranger quoi que ce soit.Elles semblaient d'un autre âge, d'une époque ou encore l'apparence n'avait pas encore autant d'importance qu'aujourd'hui.Une veste posée sur une chemise d'un blanc douteux et jumelle au pantalon finissait de rendre Edward repoussant.Même son visage n'inspirait pas la pitié, avec sa barbe de trois jours poussant de façon désordonnée et ses yeux cernés d'un noir qui n'était pas du maquillage et qu'il aurait beaucoup de mal à faire disparaître même avec beaucoup de volonté.Après deux ou trois minutes d'une marche que l'on sentait forcée, Edward ouvrit la porte du bar qui,faisait le coin de la rue et, de la vitrine, ceux qui jetaient un oeil à l'intérieur en passant le virent s'asseoir au fond de la salle à une table isolée des autres...

# Posté le samedi 12 mai 2007 00:18

Modifié le samedi 19 mai 2007 07:15

VIII

VIII
"Il la revit environs deux semaines après, devant un cinéma de quartier à New-York à quelques pas de chez lui sous l'affiche du seul film proposé par l'unique salle.Les rares passants qui prenaient le temps de s'arrêter afin de d'examiner l'affiche du film fixée derrière une vitre de plexiglas ne pénétraient que très rarement les lieux.Les films proposés étaient le plus souvent d'obscures oeuvres de tout aussi obscures réalisateurs.Leurs titres, très souvent racoleurs, promettaient de superbes plantes effeuillées, le genre à passer la majeure partie de leurs journées une aiguille plantée dans le bras, le visage lézardé par un rimmel de bon marché et le corps noyé sous des vêtements bien trop petits pour elles.Le cinéma lui, n'était pas reluisant et méritait bien d'accueillir de telles oeuvres "cinématographiques".En se penchant sous son siège l'on pouvait constater la présence de nombreuses canettes aux contenus divers mais aussi de mégots de cigarettes visiblement écrasées de façon minutieuse et répétée au dos des fauteuils.

"Alors c'est ici, dans ce quartier, qu'elle vit" pensa l'inconnu

Il s'approcha d'elle sans avoir l'air d'y être intéressé, comme le ferait un simple badaud flânant sans but réel.Il attendait simplement de voir si elle allait passer la porte du cinéma ou prolonger son pas vers un endroit plus accueillant.Elle semblait hésiter, lisant de façon scrupuleuse le résumé du film et examinant les quelques photos éparpillées sur un tableau de liège grêlé par les milliers de piqûres faites par autant de punaises.Le film à l'affiche cette semaine était un certain "voluntary manslaughter" de Gus Flyer dans lequel de plantureuses femelles aux poitrines généreuses et saillantes trucidaient de pauvres hommes qui n'avaient comme seul défaut que celui d'être du sexe opposé.Le genre de productions fauchées qui font le régal des vrais amateurs de séries Z et qui n'exigent pas le moindre sens artistique.

Finalement elle décida de pénétrer les lieux et d'acheter un billet.L'inconnu la suivi de près mais pas trop.Elle partageait bien involontairement les effluves d'un parfum poivré et puissant qui ne le laissa pas indiffèrent et c'est avec hésitation que dans la salle il osa se placer derrière elle dans la rangée du milieu.Comme dans ce petit restaurant Chinois, il avait à nouveau ses magnifiques cheveux comme seul point de mire et lorsqu'enfin les lumières s'éteignirent, il put à loisir s'imaginer être aux cotés de celle qui depuis deux semaines l'entêtait de façon permanente, presque obsessionnelle.Un regard à gauche, à droite puis derrière l'assura que personne d'autre n'avait fait le choix de venir voir ce film.Seul avec son fantasme, il ne suivi pas un instant les ombres qui se dessinaient sur la toile blanche mais plutôt celles qui se reflétaient dans sa magnifique crinière dorée.Ses narines s'ouvraient et se refermaient sur la douce mais profonde exhalaison des parfums chimiques mais aussi naturels de Virginia.L'écran devint noir dans l'esprit de l'inconnu lorsqu'il ferma les yeux.Et c'est une autre histoire qui débuta alors pour lui.Celle de se retrouver dans les bras de cette femme.Dans son rêve éveillé, elle ne le repoussait pas, elle avait même envie de lui, même sans le connaître, sans l'avoir jamais vu à part peut-être un très court instant dans ce restaurant Chinois.Elle s'était très vite collée à lui dans l'obscurité de la salle, reposant sa tête sur son épaule et plus tard sur son torse, leurs mains jouant avec leurs doigts, s'entremêlant comme l'auraient fait des cheveux face au vent.Virginia le regardait, fixement, attendant qu'il vienne goûter ses lèvres.Ses mains curieuses de rencontrer la peau de la jeune femme, il caressa d'abord le tissu fragile de sa nouvelle robe avant de s'insinuer un peu plus avant entre cette dernière et la chair brûlante de Virginia.Ses petits seins fermes accueillirent dans un souffle tendu les doigts de l'inconnu qui joua sur la naissance de...............UN COUP DE FEU !

Les yeux ouverts, l'inconnu faisait face au corps ensanglanté d'un homme qu'une femme s'amusait à piétiner.Sur la toile, des litres d'un sang de mauvaise qualité recouvrait une scène de crime peu ragoûtante et sur le siège, devant lui, personne.Virginia sans doute lassée par la médiocrité du film s'était échappée, envolée.Elle avait disparue...Il se promit que cela ne se reproduirait plus.Que la prochaine fois, elle ne lui échapperait pas"

# Posté le dimanche 13 mai 2007 04:00

Modifié le samedi 19 mai 2007 07:16

IX

IX
Toujours installé au fond de la salle, Edward semblait s'éveiller d'un rêve pénible, de ceux que l'on nomme cauchemars.La sueur au front et les mains aussi moites et glissantes que les écailles d'un poisson resté trop longtemps sous la lumière du soleil, il ne semblait pas s'outrer ni ne s'étonner de la présence de celui qui désormais s'était assis face à lui.Un homme qui lui était bizarrement semblable et qui n'était tout de même pas le prototype même de l'homme moderne que l'on croisait dans les rues de cette grande ville qu'est Paris.Alors que les lèvres pincées d'Edward lui conféraient un air sinistre, l'homme face à lui barrait son visage d'un immense sourire à l'éclatante dentition.La visible parenté entre les deux hommes ne pouvait tromper personne malgré l'apparence générale du second qui était à l'opposé de celle d'Edward.

_"Alors frangin ! Quoi de neuf ?" demanda l'homme.
_"Comment m'as-tu retrouvé et que veux-tu ?" lui assaini Edward.

L'homme au sourire de star ne se départit pas de son humour apparent et jeta au visage d'Edward :

_"Tu le sais bien Eddy.Tu sais que tu ne peux m'échapper.Que même à l'autre bout de la Terre je serai toujours avec toi, quoi qu'il arrive.Toi qui a fuis tant de fois,crois-tu pouvoir m'échapper à nouveau? Je sais ce qui se trame dans ta petite tête.Tes mots sont les miens.Les idées qui traversent ton esprits sont celles chapotées par mon cerveau.Là ou tes pas te mènent, j'y suis bien avant toi.C'est ainsi et malheureusement pour toi, tu n'y peux absolument rien.
_"J'aurai dû te tuer lorsque j'en ai eu l'occasion" répondit estomaqué Edward.
_"Je sais bien que tu ne pense en rien cela.Parce que tu sais aussi bien que moi que ma mort signifierait la tienne, que toi et moi sommes du même sang, de la même chair, que nous ne faisons qu'un malgré les apparences."affirma l'homme.
_"Vas-tu répondre à ma question ?" demanda Edward dépité."Que me veux-tu à la fin ?"
_"Tu ne le sais pas encore Eddy ?" répondit L'homme."Tu n'as toujours pas compris quel était le véritable sens à ton existence ? Comprends que sans moi tu n'es qu'un fétu de paille qu'une simple étincelle pourrait aisément réduire en cendres.Que ta présence ici n'est guidée que par ma volonté même si ton esprit te persuade que tu es le seul à pouvoir décider de la route à tracer devant toi."
_"Alors ?" demande effrayé Edward, le visage caché entre ses mains.
_"Alors, retourne chez toi.Enferme toi à doubles tours.Ne parle à personne de ce projet que je t'ai confié il y a déjà quelques mois lorsque tu étais encore sur l'autre continent, et n'oublie pas d'ouvrir cette malle qui, je le sais, prends la poussière dans ta chambre.".

Aveuglé par les larmes et plongé désormais dans un profond mutisme, Edward, ne savait pas encore qu'il était désormais seul à cette table.Malgré les précautions prises, son frère avait donc retrouvé sa trace.Mais comment? Il essuya ses yeux, jeta un regard perdu à travers la salle et constata que son double plus jeune d'une dizaine d'années avait disparu.La porte vitrée s'ouvrit brusquement pour laisser entrer une vieille femme qu'Ed ne connaissait pas mais dont le petit caniche blanc ne laissait aucun doute sur son identité.Il s'agissait de la veuve vivant à l'étage inférieur de l'appartement ou il avait élu domicile, celle dont le clebard reinterprétait à sa façon de vieux airs d'opéra sur support vinyle trente trois tours passés en quarante cinq.La pauvre vieille femme semblait atteinte de sénilité et ce n'est certainement pas Edward qui aurait fait un geste vers elle.Il priait dieu ou diable pour qu'elle ne l'ai pas reconnu car malgré sa discrétion maladive, il ne pouvait empêcher les gens de le regarder lorsqu'il passait la tête à travers la porte fenêtre de son salon et cela pendant des heures.Il est peu probable que la vieille femme ne l'ai pas vu un certain nombre de fois lors de ses rares sorties accompagnée de son "amant" canin. Il devait à tout pris trouver un moyen de fuir sans être remarqué.Heureusement pour lui, l'endroit ou se situait la table qu'il avait choisie était proche des toilettes, ce qui expliquait d'ailleurs le peu de clients dans cette zone de l'établissement.Il se réfugia très vite derrière la porte battante et s'engouffra dans l'unique toilette aux relents malodorants.Le décor jurait avec le reste du bar.Alors que le charme des pubs irlandais semblait avoir main mise sur les lieux, les toilettes elles semblaient tout droit sorties des chiottes publiques crasseuses que l'on rencontre dans les grandes gares à l'image de celles de la gare de l'est à Paris.Sur les murs carrelés de vulgaires noms d'oiseaux côtoyaient des poèmes aux rimes approximatives dessinés à l'aide de gros feutres noirs souvent recouverts par d'odieuses peintures urbaines et abstraites appelées graffitis.L'odeur épouvantable aurait fait passer pour de magnifiques salles de réceptions les étables les moins bien entretenues.N'y pouvant plus, Edward décida malgré le risque de devoir se coltiner un moment la vieille dans le bar, de faire chemin inverse et de quitter enfin ce lieu pour retourner vers celui dans lequel finalement il se sentait le mieux : son appartement.

# Posté le dimanche 13 mai 2007 18:36

Modifié le samedi 19 mai 2007 07:16

X

X
Sur le chemin du retour un sentiment étrange parcouru le corps tout entier d'Edward, une sorte de malaise presque palpable, le sentiment que l'on avait profité de son absence pour pénétrer son univers, violer son intimité, saccager son appartement.Derrière lui le bar se fondait rapidement dans le décor de la ville pour ne plus être que les bribes d'un souvenir très vite oublié.Volontaire, engagé, il regardait devant lui, trébuchant parfois sur ces pavés qu'il connaissait par coeur mais qu'il quittait du regard pour la toute première fois n'ayant comme point de mire que la silhouette sans cesse grandissante de l'immeuble dans lequel il vivait.Il remarquait aussi pour la toute première fois qu'il était sujet aux regards des autres, que sur leur visage se dessinaient plus souvent qu'à leur tour des grimaces d'antipathie et en de très rares occasions des sourires....moqueurs.
Alors, sa marche rapide et galopante se mua en une lente danse presque immobile.Arrivé près de la porte cochère de l'immeuble, il s'appuya le dos contre le bois de l'encadrement et se laissa glisser au sol.Les genoux recroquevillé sur son ventre, il prit la position du foetus et resta planté là devant ceux qui, proches de le croiser, faisaient un écart comme s'il s'agissait d'un pestiféré.Après quelques minutes d'impuissance, il se releva et ouvrit la porte de l'immeuble dans lequel il s'engouffra.
Il s'assura que dans le hall et non plus dans les étages, personne ne risquait de le croiser.Après un long moment plongé dans le noir ainsi que dans un sinistre silence, il monta les premières marches couinantes de l'immense escalier au bois verni par les mains expertes de Madame Perez.A chaque pallier qui le séparait de son appartement, il prenait le risque de voir l'une des portes s'ouvrir sur le visage d'un des locataires de l'immeuble, chose évidemment impensable pour lui.

Arrivé devant l'entrée de son studio, il posa tout d'abord l'oreille contre la porte afin d'entendre d'éventuels "profanateurs" agir en toute quiétude, de les surprendre et ainsi de lui permettre de prendre l'avantage sur eux mais c'est le calme qui l'accueillit.Il vérifia ensuite que l'on n'avait en aucun cas forcé la serrure et là, une fois de plus, il fut rassuré de voir qu'elle tenait bon.Il sortit l'énorme clé de bronze sur l'extrémité en forme de polygone de laquelle on pouvait lire "Armansin 27".

Armansin, comme le nom des propriétaires, mais 27 ? Que pouvait donc signifier ce numéro qui d'ailleurs ne correspondait pas à celui de la porte de son appartement ? Et si chaque clé n'était que l'un des nombreux jeux de ceux que les propriétaires gardaient secrètement et amoureusement quelque part chez eux ? Peut-être même qu'ils avaient pour habitude de visiter les appartement des locataires lorsque l'un d'eux devait s'absenter un moment ?
Edward préférait imaginer que cette idée saugrenue n'était née que dans son esprit fatigué et non pas dans celui de propriétaires au comportement un brin étrange.


*****


A l'intérieur de l'appartement il faisait une chaleur insupportable.Même les mouches et autres insectes volants et parfois rampants avaient déserté ce lieu ou montons et toiles d'araignées finissaient par imposer leur présence.Edward avait pris la précaution de fermer toutes les fenêtres au cas ou quelqu'un aurait eu l'idée de s'introduire chez lui par l'une d'entre elles.Après une petite visite d'inspection dans le salon surchauffé ainsi que dans la cuisine ou différents ustensiles baignaient dans une eau aussi impropre que celle de la baignoire, il se rua dans la chambre ou la malle trônait toujours aussi droite qu'un soldat lors de la cérémonie des couleurs.Il se rappelait cette phrase du frère maudit qui avait retrouvé sa trace : "n'oublie pas d'ouvrir cette malle qui, je le sais, prends la poussière dans ta chambre".
Cette malle, c'était bien connu, suivait Edward partout ou il allait donc rien de curieux jusqu'à maintenant, mais comment l'autre aurait-il pu deviner l'endroit exact ou elle avait été déposée? Sans doute parce que sa place était celle-ci et non une autre.

Son frère était un homme intelligent, bien plus qu'Edward n'aurait pu espérer l'être un jour.Il avait poussé ses études si loin qu'il aurait pu devenir médecin généraliste et pourquoi pas même spécialiste lui qui vantait si souvent les qualités d'une dentition parfaite, on devinait chez lui des prédispositions pour être l'un des meilleurs arracheurs de dents de sa génération.Mais une grave dépression l'avait forcé à reconsidérer son avenir sous un autre angle et revoir ses ambitions à la baisse.Il dû consulter nombre de chirurgiens extracteurs d'âmes et non pas de canines ni plus encore de prémolaires qui passèrent en file indienne sans que jamais aucun d'entre eux ne put s'expliquer les raisons d'une telle déchéance psychologique.Véritable bête de foire médicale, il finit par absorber de si grandes quantités de medicaments afin de se proteger de ses demons que son organisme avait finit par ne plus rien accepter d'autre.Un jour pourtant, il sortit de cet état de misère, quitta le milieu dans lequel on l'avait enfermé non pas seulement pour le proteger de lui-même mais aussi et surtout pour le protéger du monde extérieur.Un monde comme le sait Edward est impitoyable avec les faibles.

Avant d'opérer l'extraction abdominale de la malle, en clair, avant de l'ouvrir, Edward s'assura que la porte d'entrée fut fermée à double tours et que les volets vieillissants du salon ainsi que ceux de la cuisine le furent aussi.Ainsi assuré d'être tranquille, il retourna dans la chambre, ferma la porte en silence, se posa sur le bord du lit et regarda fixement la malle qui desormais lui faisait face.

# Posté le mardi 15 mai 2007 00:54

Modifié le samedi 19 mai 2007 07:17

XI

XI
"Elle vivait à deux pas de chez lui dans un immeuble contigu au sien, presque adjacent à son appartement finalement puisqu'ils n'étaient séparés que par deux murs épais qui eux-même étaient éloignés par quelques mètres de vide.Son appartement témoignait de son appartenance au monde artistique.De grandes toiles s'étendaient sur des murs aux surfaces crépies d'une blancheur immaculée qu'une frise à mi hauteur venait briser de son bleu océan.A l'intérieur de cette fine bande de papier on devinait presque les vagues tumultueuses se brisant contre les falaises et le cri des mouettes poursuivant inlassablement les bateaux de pêche qui après une longue journée d'effort retournaient au port.De grandes sculptures abstraites, comme les corps malades de personnages extraits de l'imaginaire d'artistes fous dansaient un peu partout dans l'immense pièce qui servait tout aussi bien de salle de réception que d'atelier de peinture.Les toiles, par dizaines et inachevées reposaient les unes sur les autres, posées contre le mur qui faisait face à la grande baie vitrée donnant sur l'artère principale du quartier.Certaines portaient les stigmates de créations violentes, sortes de jets de couleurs et désordonnés pratiqués sans ménagement et dans le désordre le plus total.D'autres encore, témoignaient d'une sensibilité à fleur de peau à travers des couleurs pastels comme peintes par de jeunes enfants, sortes de mondes oniriques et utopiques comme les rêvent ceux dont l'âme est restée celle des plus petits.
Posé sur un chevalet,on pouvait reconnaître un autoportrait de l'artiste.Sa poitrine était comme dans les rêves de l'inconnu, petite et ferme, adolescente et gourmande.Ses épaules frêles se cachaient derrière le tissu fin d'une tunique orientale qui laissait deviner des courbes splendides, et si fine qu'elle laissait apparaître l'ombre d'une toison brune et foisonnante.

Mais désormais l'endroit était le théâtre d'un drame.Virginia ne batallait plus avec les pinceaux ni plus avec les tubes de couleur mais avec les bras solides de celui qui quelques minutes auparavant s'était fait passer pour un agent EDF vérifiant les compteurs et s'en était pris à elle sans ménagement pénétrant ainsi l'intimité de son appartement.Elle s'effrayait de s'imaginer passer de vie à trépas sans savoir pourquoi.L'homme qui lui enserrait les mains ne lui était pas tout à fait inconnu.Elle se souvenait avoir déjà vu ce visage émacié et blafard mais elle était bien incapable de se souvenir à quelle occasion surtout dans les circonstances actuelles.Les ongles cassés recouverts de peinture et les mains marquées et musclées par des années d'ouvrages artistiques n'avaient pas réussi à contrer les assauts de l'inconnu qui très vite avait pris le dessus et avait définitivement cloué Virginia sur son lit.Pieds et mains liés, elle se démenait autant qu'elle le pouvait mais sentait ses forces peu à peu quitter son corps alors que l'homme, assis face à elle, attendait patiemment qu'elle cesse de se débattre.Un terrifiant sourire barrait son visage dans une sorte de grimace macabre qui glaça le sang de Virginia mais qui surtout lui fit penser que l'homme n'allait pas tarder à lui faire subir les pires outrages.Il avait déjà ouvert le chemisier de la jeune femme, arrachant sans ménagement la totalité des boutons pression pour constater qu'elle se présentait comme sur la toile posée sur le chevalet et mieux, comme dans les nombreux rêves qui l'empêchaient de dormir la nuit mais qui, contrairement à ce que pouvait contempler désormais l'homme, restaient dans le flou le plus total et surtout d'un immobilisme rageant comme de simples images sur papier glacé.Il attendit qu'elle se décide enfin à se calmer pour laisser libre court aux nombreux fantasmes qui avaient finis par le rendre courageux et a se rendre jusque devant sa porte... "

# Posté le mardi 15 mai 2007 18:53

Modifié le samedi 19 mai 2007 10:52